Frédéric Moncoqut
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Gare de Rennes, 18 avril 1944, treize heures. C’est le départ pour l’est.

Où va-t-on le conduire ? Quelque part en Allemagne, mais pour y faire quoi ? Il ne sait guère.

En ce temps là, Gilbert Masson n’a que 18 ans, il est jeune et insouciant. Et pourtant il sent bien que ce voyage n’annonce rien de bon.

 

Le trajet aller, en train, dure quatre jours. Au départ de Rennes, le convoi transite par les villes de Laval, le Mans, Chartres, Versailles, Paris, Chalon sur Marne, Vitry le François, Bar-le-Duc, Commercy, Toul, Nancy, puis en Allemagne par Landau, Bahnof, Mannheim, Frankfort, Hambourg, et enfin la destination finale : Kiel. Au total, plus de 1.500 kilomètres parcourus !

Au début les opportunités de prendre la poudre d’escampette sont nombreuses, mais curieusement, ni lui ni ses camarades n’ont la présence d’esprit de saisir leur chance. La surveillance est pourtant très réduite, seulement quatre gendarmes pour une cinquantaine de déportés.

A proximité de Chartres, à titre d’exemple, le train s’arrête en pleine nature et nombreux sont ceux qui descendent de leur wagon afin de flâner au-dehors. Un petit groupe est même constitué afin d’aller chercher de l’eau à quelques six cents mètres de la voie ferrée ! Un seul déporté a l’idée de prendre la clé des champs, alors que les autres, obéissants et disciplinés, se contentent d’attendre gentiment que le train veuille bien repartir.

Même liberté de mouvement à Paris, certains allant jusqu’à faire quelques emplettes en ville avant de rejoindre le convoi. Mais par la suite les occasions de fuite s’effacent, et une profonde amertume apparait dans l’esprit de ces jeunes "déportés".

Passé la frontière, le voyage tourne souvent au cauchemar. Debout dans les wagons, serrés les uns contre les autres par une chaleur étouffante, ou entassés sur une plate-forme, et cela sur des centaines de kilomètres, des heures durant ! Un inconfort souvent à la limite de ce que peut endurer un être humain, même le bétail est mieux traité !

 

L’arrivée à Kiel leur réserve son lot de mauvaises surprises. Puis, rapidement, Gilbert découvre ce qu’est réellement un Camp de Travail.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, les Camps de Travail sont destinés à exploiter une main d’œuvre constituée d'hommes venus toute l’Europe. Ces "déportés" sont délibérément maintenus dans un état de dénuement physique et moral afin de briser leur volonté et leur santé. Le Camp de Travail de Kiel-Wik compte environ huit cents hommes de toutes nationalités européennes.

Ainsi Gilbert subit des mois durant la dure vie du S.T.O. Il est affecté à divers travaux manuels, souvent éreintants, il subit à plusieurs reprises la brutalité bestiale et stupide des militaires allemands, il souffre du froid glacial et sec de la Baltique, il endure une terrible sous-alimentation, et il tremble sous les bombardements alliés.

Seul réconfort, et pas des moindres, ses fidèles compagnons de misère répondants aux noms de Loizel, Bourdon, Conan, Cadiou, Devin, Louveau, Charlot, fil de fer (le légionnaire), et Bizeul, pour ne citer qu’eux.

 

Le 13 avril 1945, un vendredi et au nombre de 13, Gilbert et ses compagnons sont expédiés dans le Camp de Concentration de Kiel-Hassée. Changement radicale de ton, si jusqu’ici les conditions de vie étaient relativement « supportables », là, on sent bien que le mot d’ordre est « Extermination de masse par une famine organisée » !

Une cellule exiguë sombre et humide, et un seul repas par jour réduit à un bout de pain sec, une louche d’eau tiède et quelques rutabagas pas cuits. Voila ce que devient le quotidien de Gilbert Masson durant les trois dernières semaines de sa captivité.

 

3 mai 1945, Liberté retrouvée ! (La guerre sera officiellement finie cinq jours plus tard)

Le retour pour Rennes, par ses propres moyens, dure 26 jours et est une véritable aventure ; voiture « empruntée », rencontre avec un escadron de soldats noirs américains, tentative d’échapper à un avis de recherche émanant de l’armée américaine, fuite à travers champs de nuit comme de jour, égarement, etc.

L’arrivée en France, puis en gare de Rennes, est particulièrement émouvante. Il avait quitté les siens treize mois plus tôt, alors qu’il était encore dans l’innocence de l’enfance, et c’est en homme qu’il revint.

 

Frédéric Moncoqut

Ci-dessus, Gilbert Masson trois ans après son retour en France.

 

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Dernière mise à jour le 09 mars 2017

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